BRUXELLES Ce ne sont pas des professionnels de la politique mais de «simples» citoyens. Leur bataille : défendre les intérêts de Bruxelles, aujourd’hui rabaissée au statut de «sous-Région», disent-ils. Alors Pro Bruxsel va-t-il essaimer ? Le timing est serré. Les élections se profilent à l’horizon de juin 2009. Philippe Delstanche, président, nous dégage les lignes de force du parti bilingue.
Pourquoi avoir lancé ce parti ?
«Toute une série de problèmes se posent à la Région bruxelloise. Elle est moins bien traitée que les deux autres Régions du pays. Mais les partis traditionnels n’en tiennent pas compte. Car contrairement à ce qu’on nous dit, la Belgique est un pays fédéral essentiellement basé sur des Communautés. Or les partis sont communautaires. Donc, ils privilégient les Flamands et les Wallons aux dépens des Bruxellois.»
Pourtant ces partis traditionnels font du pied aux Bruxellois.
«En réalité non. Quand ils disent qu’ils n’abandonneront pas Bruxelles, ils pensent à l’usage économique qu’ils pourront faire de la capitale mais leur raisonnement ne tient pas compte des Bruxellois eux-mêmes. Pour la Flandre, Bruxelles c’est une vitrine sur le reste du monde, sans
quoi elle n’existe pas. Au sud, se rapprocher de Bruxelles, signifie tactiquement adjoindre 900.000 francophones aux 3,5 millions de Wallons. Ça pèse davantage face aux 6 millions de Flamands. Et puis quand on voit combien la Région est largement sousfinancée... Les partis traditionnels l’ont voulu comme tel pour garder la mainmise. La Région produit 20% des richesses du PIB mais n’est subsidiée qu’à hauteur de 8 à 9 %.»
Vous affichez une couleur politique ?
«Savoir si on est à gauche, à droite ou au centre, c’est un débat qui n’a plus lieu d’être. On ne peut pas mener une politique qui va exclusivement soutenir des initiatives privées. Ou à l’opposé, venir en aide aux seuls démunis, sans prendre en compte l’économie de marché. On vit la crise d’un capitalisme sauvage. Et tous les partis y sont mêlés. N’oublions pas qu’Elio Di Rupo fut pendant très longtemps administrateur chez Dexia, notamment quand on a pris la décision d’acheter FSA (filiale américaine d’assurances dont Dexia s’est séparée en pleine crise financière). Donc il faut favoriser la liberté individuelle mais aussi permettre aux pouvoirs publics d’exercer un contrôle et de dresser un cadre législatif.»
Vous insistez sur le caractère bilingue de votre parti.
«Oui, nous ne réfléchissons pas en termes de Flamand ou francophone, cela n’a pas de sens. La plupart des habitants s’identifient en tant que Bruxellois, point. Même les Bruxellois néerlandophones se sentent de moins en moins Flamands de Flandre. Pas mal d’études démontrent qu’il y a 40% de familles francophones à Bruxelles. Le reste, c’est mélangé. Donc construire une identité sur la base d’une langue, c’est ridicule. Aussi, nous revendiquons unenseignement bilingue (voir multilingue) régionalisé. En tant que capitale de l’Europe c’est le minimum. A côté de chez nous, le Luxembourg pratique déjà ce type d’enseignement. Résultat? Les élèves sortent trilingues: luxembourgeois, allemand, français. Du coup, ils ont le choix d’aller entamer des études supérieures en France, en Belgique ou en Allemagne.»
Quelles sont vos priorités ?
«D’abord donner une autonomie à la région bruxelloise, renforcer ses pouvoirs. Ce qui implique une réforme du système. Arrêtons de nous mettre la tête dans le sable. L’Etat ne fonctionne pas. Il faut supprimer les Communautés et donner le pouvoir aux Régions. Même si les compétences comme la défense, la représentation internationale ou la sécurité sociale doivent demeurer centralisées, fédérales.»
Et en matière d’emploi ?
«On sait que la capitale a généré 880.000 postes. 380.000 d’entre eux sont occupés par des non-Bruxellois. Tant mieux, mais ces navetteurs utilisent des infrastructures comme la STIB (1/3 du budget de la Région) que seuls les Bruxellois financent. Il serait logique que les navetteurs participent aux dépenses. C’est pourquoi nous sommes en faveur d’un prélèvementdu précompte professionnel sur le lieu de travail plutôt que celui du domicile. Un autre point qui nous occupe, c’est la répartition inadéquate des pouvoirs entre la Région et les communes. Loin de nous l’idée de supprimer les communes, ce serait d’une stupidité absolue. Elles sont proches des citoyens et gèrent les matières du quotidien. Par contre, il y a des aberrations. La mobilité ou l’urbanisme en matière des grands travaux, par exemple, devraient échoir à la Région. De même tout le monde devrait s’entendre sur la construction d’un centre de Congrès aux dimensions XL. Bruxelles est la capitale de l’Europe, il faut se donner les moyens de ses ambitions. »
Comment combattre le chômage à Bruxelles ?
«Il y a 90.000 chômeurs à Bruxelles. Essentiellement parce qu’ils sont mal formés et non-bilingues. Donc on propose de rassembler la compétence de l’enseignement et la formation sous une même autorité, la Région. D’après nous il ne sert à rien de couper les allocations de chômage ou les diminuer drastiquement après un certain nombre d’années. On ne ferait que reporter le problème. Puisqu’on renverrait les chômeurs vers les CPAS où les communes allongeraient les subsides.»
L’élargissement de Bruxelles, vous êtes pour ?
«Cela ne résoudrait rien, ni la paupérisation du centre-ville, ni le problème des chômeurs, ni la mauvaise gestion d’Actiris (l’Office régional bruxellois de l’emploi) etc. Il y a d’autres débats bien plus urgents.»
Que pensez-vous de la non-nomination des trois bourgmestres de la périphérie ?
«Chacune des régions détermine son mode de désignation des bourgmestres. Alors bien sûr Marino Keulen a le droit avec lui, mais cela ne doit pas le dispenser de toute réflexion intelligente, de bon sens et de respect vis-à-vis du reste de la population. Cela dit, nous pensons que nous, Bruxellois, n’avons pas à nous mêler de ce genre de situation. On devrait dégonfler tout ça, arrêter ce cirque. Alors évidemment, cela ferait perdre de la visibilité à certains. D’abord Marino Keulen qui essaie de se positionner par rapport à ces camarades du CD&V et SP.A. Il tente de récupérer des voix au Vlaams Belang et à la Lijst Dedecker. Quant à Olivier Maingain, si on scinde BHV, il perd la moitié de son électorat. Donc, il y a des gens qui s’arrangent très bien de cette situation. Elle sert leur intérêt personnel.»
Pourquoi avoir lancé ce parti ?
«Toute une série de problèmes se posent à la Région bruxelloise. Elle est moins bien traitée que les deux autres Régions du pays. Mais les partis traditionnels n’en tiennent pas compte. Car contrairement à ce qu’on nous dit, la Belgique est un pays fédéral essentiellement basé sur des Communautés. Or les partis sont communautaires. Donc, ils privilégient les Flamands et les Wallons aux dépens des Bruxellois.»
Pourtant ces partis traditionnels font du pied aux Bruxellois.
«En réalité non. Quand ils disent qu’ils n’abandonneront pas Bruxelles, ils pensent à l’usage économique qu’ils pourront faire de la capitale mais leur raisonnement ne tient pas compte des Bruxellois eux-mêmes. Pour la Flandre, Bruxelles c’est une vitrine sur le reste du monde, sans
quoi elle n’existe pas. Au sud, se rapprocher de Bruxelles, signifie tactiquement adjoindre 900.000 francophones aux 3,5 millions de Wallons. Ça pèse davantage face aux 6 millions de Flamands. Et puis quand on voit combien la Région est largement sousfinancée... Les partis traditionnels l’ont voulu comme tel pour garder la mainmise. La Région produit 20% des richesses du PIB mais n’est subsidiée qu’à hauteur de 8 à 9 %.»
Vous affichez une couleur politique ?
«Savoir si on est à gauche, à droite ou au centre, c’est un débat qui n’a plus lieu d’être. On ne peut pas mener une politique qui va exclusivement soutenir des initiatives privées. Ou à l’opposé, venir en aide aux seuls démunis, sans prendre en compte l’économie de marché. On vit la crise d’un capitalisme sauvage. Et tous les partis y sont mêlés. N’oublions pas qu’Elio Di Rupo fut pendant très longtemps administrateur chez Dexia, notamment quand on a pris la décision d’acheter FSA (filiale américaine d’assurances dont Dexia s’est séparée en pleine crise financière). Donc il faut favoriser la liberté individuelle mais aussi permettre aux pouvoirs publics d’exercer un contrôle et de dresser un cadre législatif.»
Vous insistez sur le caractère bilingue de votre parti.
«Oui, nous ne réfléchissons pas en termes de Flamand ou francophone, cela n’a pas de sens. La plupart des habitants s’identifient en tant que Bruxellois, point. Même les Bruxellois néerlandophones se sentent de moins en moins Flamands de Flandre. Pas mal d’études démontrent qu’il y a 40% de familles francophones à Bruxelles. Le reste, c’est mélangé. Donc construire une identité sur la base d’une langue, c’est ridicule. Aussi, nous revendiquons unenseignement bilingue (voir multilingue) régionalisé. En tant que capitale de l’Europe c’est le minimum. A côté de chez nous, le Luxembourg pratique déjà ce type d’enseignement. Résultat? Les élèves sortent trilingues: luxembourgeois, allemand, français. Du coup, ils ont le choix d’aller entamer des études supérieures en France, en Belgique ou en Allemagne.»
Quelles sont vos priorités ?
«D’abord donner une autonomie à la région bruxelloise, renforcer ses pouvoirs. Ce qui implique une réforme du système. Arrêtons de nous mettre la tête dans le sable. L’Etat ne fonctionne pas. Il faut supprimer les Communautés et donner le pouvoir aux Régions. Même si les compétences comme la défense, la représentation internationale ou la sécurité sociale doivent demeurer centralisées, fédérales.»
Et en matière d’emploi ?
«On sait que la capitale a généré 880.000 postes. 380.000 d’entre eux sont occupés par des non-Bruxellois. Tant mieux, mais ces navetteurs utilisent des infrastructures comme la STIB (1/3 du budget de la Région) que seuls les Bruxellois financent. Il serait logique que les navetteurs participent aux dépenses. C’est pourquoi nous sommes en faveur d’un prélèvementdu précompte professionnel sur le lieu de travail plutôt que celui du domicile. Un autre point qui nous occupe, c’est la répartition inadéquate des pouvoirs entre la Région et les communes. Loin de nous l’idée de supprimer les communes, ce serait d’une stupidité absolue. Elles sont proches des citoyens et gèrent les matières du quotidien. Par contre, il y a des aberrations. La mobilité ou l’urbanisme en matière des grands travaux, par exemple, devraient échoir à la Région. De même tout le monde devrait s’entendre sur la construction d’un centre de Congrès aux dimensions XL. Bruxelles est la capitale de l’Europe, il faut se donner les moyens de ses ambitions. »
Comment combattre le chômage à Bruxelles ?
«Il y a 90.000 chômeurs à Bruxelles. Essentiellement parce qu’ils sont mal formés et non-bilingues. Donc on propose de rassembler la compétence de l’enseignement et la formation sous une même autorité, la Région. D’après nous il ne sert à rien de couper les allocations de chômage ou les diminuer drastiquement après un certain nombre d’années. On ne ferait que reporter le problème. Puisqu’on renverrait les chômeurs vers les CPAS où les communes allongeraient les subsides.»
L’élargissement de Bruxelles, vous êtes pour ?
«Cela ne résoudrait rien, ni la paupérisation du centre-ville, ni le problème des chômeurs, ni la mauvaise gestion d’Actiris (l’Office régional bruxellois de l’emploi) etc. Il y a d’autres débats bien plus urgents.»
Que pensez-vous de la non-nomination des trois bourgmestres de la périphérie ?
«Chacune des régions détermine son mode de désignation des bourgmestres. Alors bien sûr Marino Keulen a le droit avec lui, mais cela ne doit pas le dispenser de toute réflexion intelligente, de bon sens et de respect vis-à-vis du reste de la population. Cela dit, nous pensons que nous, Bruxellois, n’avons pas à nous mêler de ce genre de situation. On devrait dégonfler tout ça, arrêter ce cirque. Alors évidemment, cela ferait perdre de la visibilité à certains. D’abord Marino Keulen qui essaie de se positionner par rapport à ces camarades du CD&V et SP.A. Il tente de récupérer des voix au Vlaams Belang et à la Lijst Dedecker. Quant à Olivier Maingain, si on scinde BHV, il perd la moitié de son électorat. Donc, il y a des gens qui s’arrangent très bien de cette situation. Elle sert leur intérêt personnel.»