Bonjour,
Après plusieurs semaines de campagne, où sont les faits vraiment nouveaux de la campagne régionale ?
- Les invectives entre Reynders et Di Rupo ? Vraiment nouveau ?
- L’annoncée vague verte, intéressante certes, mais remake de 1999 ?
- L’intérêt du cdH pour les valeurs humanistes … mais francophones seulement?
N’est-ce pas plutôt le succès d’un petit nombre de citoyens bruxellois courageux et déterminés, qui sont parvenus, contre vents et marées, à mettre sur pied un parti en ordre de marche pour les élections, et cela sur la base d’une idée révolutionnaire dans le système politique belge : un parti régional bilingue à Bruxelles ?
Cette démarche va à totalement contre-courant du « politically correct » (tous les partis « traditionnels » sont communautaires). Pourtant, elle est en phase avec les demandes de la population : la majorité des Bruxellois, dans tous les groupes linguistiques, souhaitent sortir du carcan linguistique. Plus de 50%, dans chacun des groupes linguistiques, souhaitent que les partis Bruxellois soient bilingues ou encore plus largement représentatifs (1). De 69 à 75% d’entre eux, selon les groupes linguistiques, souhaitent un enseignement primaire bilingue (2). Seuls 2% et 7% voient leur avenir dans un rattachement à la Flandre ou à la Wallonie respectivement. Enfin, l’appartenance à une communauté de langue ne constitue le premier sentiment identitaire que pour très peu de Bruxellois, bien après la Belgique, la Région, et, pour les francophones, l’Europe (3). Ces chiffres mettent en doute les thèses visant à créer une "nation francophone" qui intégrerait Bruxelles, ou une "nation flamande" qui digérerait notre ville. Au contraire, ils suggèrent que l'appartenance régionale constitue la base de la citoyenneté – et celle-ci doit donc constituer le socle légitime sur lequel fonder les politiques à Bruxelles.
Les quatre partis traditionnels, organisés sur la base de l’appartenance à une seule langue, préfèrent que de larges pans de la cité restent sous le contrôle des Communautés, flamande et française. Et, pour créer la nécessaire cohérence de matières telles la culture ou l’enseignement au sein de la Région bruxelloises, ils prônent plutôt les accords de Communauté à Communauté.
Attendre sur Bruxelles une concertation significative entre deux Communautés politiques qui ne dialoguent guère n’est pas réaliste. Plus grave, les Bruxellois sont peu ou pas représentés directement dans les parlements qui contrôlent ces Communautés.
Ainsi, les décisions relatives à une matière aussi cruciale pour Bruxelles que son enseignement se prennent dans le gouvernement de la Flandre et dans le gouvernement de la Communauté française, contrôlés respectivement par le parlement flamand et par le parlement de la Communauté française. Dans le premier, seuls 6 élus des Bruxellois néerlandophones sont présents, à côté de 119 représentants de la Flandre. Dans le second, les Bruxellois n’ont aucun élu direct. C’est la composante francophone du parlement bruxellois (entendez : les chefs des partis francophones) qui choisit en son sein 19 membres pour y siéger, à côté des 75 députés wallons.
Comment espérer que ces deux instances, qui ont chacune leur agenda propre (et pas nécessairement angélique par rapport à Bruxelles), élaborent en concertation une solution harmonieuse et bien adaptée à Bruxelles ? Si c’était possible, ce serait déjà fait, et l’enseignement Bruxellois ne serait pas un des plus médiocres et des plus inégalitaires parmi les pays de l’OCDE.
Le pouvoir communautaire francophone vient d’ailleurs de prouver son incurie : réfléchissant à son avenir dans le cadre du Groupe Wallonie-Bruxelles, il a été incapable de sortir la moindre proposition commune dans le domaine de l’enseignement obligatoire, pourtant problème le plus important et le plus urgent pour les Bruxellois.
Quant à la Communauté flamande, elle répète à l’envi que tout va bien dans les écoles néerlandophones à Bruxelles. Comme s’il n’en allait pas de même dans de nombreuses écoles francophones élitaires, ou encore dans les écoles européennes : en fait, pour résoudre les problèmes aigus de l’enseignement, il y a lieu de mobiliser TOUS les acteurs bruxellois au bénéfice de TOUS les enfants bruxellois.
Ce sont ces considérations et bien d’autres encore qui ont amené des citoyens bruxellois à fonder le parti bilingue Pro Bruxsel, plantant ainsi les fondations d’une citoyenneté bruxelloise incluant tous les habitants de la Région et compétente dans tous les domaines de la construction sociétale.
Sans moyens financiers, souffrant des limites de temps d’antenne alloués aux petits partis, Pro Bruxsel ne pourra faire un score électoral d’emblée important. Toutefois, l’engagement des citoyens bruxellois de toutes origines qui ont eu le courage de monter ce parti bilingue constitue un tournant important dans notre système politique. La qualité de leur campagne, loin de tout populisme ou simplisme, force le respect (voir www.probruxsel.be).
Tourtes ces raisons justifient et confortent la décision que j’ai prise il y a peu de soutenir leur campagne, en m’inscrivant comme candidat indépendant sur la dernière place de leur liste (francophone – il est encore toujours interdit de déposer des listes bilingues). .
Bien à vous,
Alain Maskens,
citoyen bruxellois,
co-auteur des manifestes bruxellois
www.am72.be
am-probruxsel@hotmail.be
(1) Rudi Janssens : Van Brussel Gesproken. Taalgebruik, taalverschuivingen et taalidentiteit in het Brussels Hooofdstedelijk Gewest (Taalbarometer II) : Busselse Thema’s 15, VUB press, 2007, p 141.
(2) Rudi Janssens : Van Brussel Gesproken. Taalgebruik, taalverschuivingen et taalidentiteit in het Brussels Hooofdstedelijk Gewest (Taalbarometer II) : Busselse Thema’s 15, VUB press, 2007, p 82.
(3) Rudi Janssens : Van Brussel Gesproken. Taalgebruik, taalverschuivingen et taalidentiteit in het Brussels Hooofdstedelijk Gewest (Taalbarometer II) : Busselse Thema’s 15, VUB press, 2007. pp 132-133.