25/02/2011

Jacques Ghysbrecht : Pourquoi j'ai adhéré à Pro Bruxsel - 1/2

1. «Sensibility »

J'aime Bruxelles.

J'y suis né. J'ai connu, en été, ces beaux trams dont les wagons n'étaient qu'une longue banquette à ciel ouvert. J'ai connu l'avenue Longchamp, l'avenue des Nations. Vous voyez...

Les choses ont bien changé depuis, mais pas l’affection que j’ai pour ma ville.
Elle n'est plus la même. Dans la librairie anglaise où je vais, les jeunes filles souriantes qui vous emballent vos achats portent le hijab. Elles viennent de quartiers où l'on trouve, à côté des poubelles, des oranges pourries, des téléviseurs cassés. Et, en même temps, je vois autour de moi, en une semaine, plus de Maserati que je n'en voyais autrefois en un mois. C'est un peu vertigineux. Mais nulle part en Europe, je n'ai trouvé cette diversité bon enfant, je n'ai perçu un tel potentiel de richesse, et tant de vitalité.

Je l'aime, cette ville, et je voudrais pouvoir continuer à l’aimer. Je voudrais qu'on s'y sente mieux, que tout le monde s'y sente bien, même et surtout ceux qui viennent d'y arriver pour s'y établir, qui ne nous connaissent pas encore, même ceux qui ne font qu’y passer, les travailleurs frontaliers que sont les 300.000 «navetteurs » qui chaque jour débarquent dans nos gares, utilisent nos routes.

Et je n'ai pas l'impression que c'est là que nous allons. Tous ces gens qui négocient, ces informateurs, ces préformateurs, ces médiateurs, ces conciliateurs n’ ont rien à en faire, de notre ville. Nous faisons problème. Ils doivent nous refinancer. Dans ces négociations, nous sommes défendus par un Montois. Pourquoi ? Où va-t-il chercher ses voix, notre défenseur ? Dans ce raisonnement, me diriez-vous, Liège, Charleroi, tout le monde voudrait en être. Vous auriez tort : Bruxelles n'est pas une ville, c'est une région. Qui plus est, c'est une région multilingue dont l'appartenance à la francophonie n'est qu'accessoire.

Nous refinancer... C’est très important, cela. Tous ces gens qui sont arrivés, qui se fixent ici, jeunes le plus souvent, qui ont des enfants, c'est un bienfait. Enfin, c'est peut-être un bienfait. On ne fait pas dans l'angélisme. La diversité, c'est très bien, mais il faut savoir recevoir ses hôtes. Pour commencer, il faut leur montrer qui nous sommes. L'hospitalité, c'est être fier de sa maison, c'est la faire voir. Mais il faut qu'ils comprennent, aussi, ou tout au moins qu'ils désirent comprendre. C'est ce qu'on appelle l'intégration. Et pour ça il faut de l'argent, beaucoup d'argent. Qu'ils aient, dès la petite enfance, les meilleures écoles, les meilleurs maîtres. Dieu sait combien de générations ont déjà été sacrifiées. 20 % de chômage dans une des villes les plus riches d'Europe ! Et ce chômage touche surtout les moins de 30 ans. Dans ces chômeurs, il n’y a pas que des néo-arrivants, bien sûr. Les statistiques suggèrent même qu’ils n’y sont pas majoritaires. Cette misère vaut pour tout le monde. Raison de plus pour nous y mettre. Cette jeunesse qui doit nous tirer, voilà que c'est un boulet ! Quel épouvantable échec.

Mais si nous réussissons !… Là, c'est le gros lot. Parmi les Bruxellois, 47 % ont moins de 35 ans ! Mais près d’un quart des 18-24 ans terminent leur cursus scolaire sans diplôme alors que la moyenne est de 17% en Wallonie et de 10% en Flandre. Si on lui donne les moyens de s'accomplir, à toute cette jeunesse, c'est un nouveau départ pour notre ville. Carrément.

Et tout est encore faisable. Malgré ces inégalités terribles, Bruxelles est toujours vivable. Regardons autour de nous et comparons. Il ne faut pas aller loin. Prenons Amsterdam. Qui n'a pas lu avec horreur l'appel de Bolkestein, suggérant aux juifs de quitter la ville, devenue pour eux par trop peu sûre ? Et autour de Paris, les records de voitures incendiées dans la nuit du nouvel an ! Nous en sommes loin, mais si nous continuons comme ça...

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